Une nouvelle du Carladez
L'Escoufle - Stéphane Bédéloup
L'an 1976 - Le souffle
La centrale souterraine de Montézic
Sur l'autre rive de la Truyère, sous la cascade du Saut du Chien, un projet se prépare depuis 1972. Des ingénieurs, des géomètres et des géologues y sondent la roche. Ils plantent des piquets, étalent des cartes sur des tables pliantes, photographient les versants.
Les habitants des hameaux de Montézic et de Saint-Symphorien voient leurs terres relevées au théodolite. On commence à parler d'expropriations. Pas pour un barrage classique comme Sarrans, pour un projet plus étrange, plus moderne. On ne comprend pas trop de quoi il s'agit. Une centrale, oui, mais pas une centrale qui fait seulement de l'électricité. Une centrale qui stocke l'électricité. Sous forme d'eau. C'est un mot nouveau qu'on apprend, station de transfert d'énergie par pompage. On en parle dans les cafés. Personne ne comprend très bien. Le maire de Montézic essaie d'expliquer, à partir de ce qu'on lui a dit à la préfecture : on pompe de l'eau dans le lac de Couesque la nuit, quand la France n'a pas besoin d'électricité, jusqu'à un grand bassin qu'on va creuser tout en haut, sur le plateau, à sept cents mètres d'altitude. Le lendemain, quand la France a besoin d'électricité, on laisse redescendre l'eau dans des conduites, elle fait tourner des turbines en passant et on récupère de l'électricité. C'est comme une grosse batterie, dit le maire. On charge la nuit, on décharge le jour.
Les vieux comprennent moyennement. Une batterie, ça va. Mais pourquoi faut-il creuser un bassin sur le plateau ? Et pourquoi faut-il faire tourner des turbines à quatre cents mètres sous terre ? La centrale, dit le maire, sera entièrement souterraine. Une cathédrale, dit-il, c'est le mot que les ingénieurs ont employé devant lui : une cathédrale dans le granit, à quatre cents mètres sous nos pieds, où passeront chaque jour trente millions de mètres cubes d'eau. Une cathédrale. Le mot, dans la bouche du maire, sonne étrangement. Tous, le maire et les habitants, sont dépassés par l'envergure du projet.
En août 1976, on commence à percer la galerie d'accès de la future usine souterraine. Huit cent cinquante mètres de tunnel dans le granit. Le bruit des explosifs porte parfois jusqu'à Valon, par bouffées, quand le vent vient du sud.
La centrale de Montézic, mise en service en 1982, est aujourd'hui la plus puissante station de pompage-turbinage de France, avec une capacité de 910 MW. Dans le roman, son chantier marque l'été où Camille, onze ans, arrive à Valon chez son oncle.
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