29 avril 1945

La Libération

Depuis trois jours, tout le village était en effervescence, l'arrivée des Américains était imminente. Le samedi 29 avril 1945, Roger ne tenait plus au lit. Après la toilette et le petit déjeuner avalé, il était sur le trottoir à regarder la route. Les petits avions de reconnaissance tournoyaient au-dessus, un sourd grondement d'engins lourds se faisait entendre.

Soudain Roger poussa un hurlement à s'arracher la gorge. Les voilà ! Ils sont là ! Son cri avait réveillé tout le quartier. En un clin d'œil, dans les tenues les plus diverses, il fut fait une véritable haie d'honneur aux libérateurs. Roger s'était précipité dans la chambre chercher le drapeau tricolore préparé depuis quelques jours et redescendit aussi vite en le brandissant haut et fort, juste au moment où le premier tank passa devant la ferme.

Les occupants de la Jeep qui suivit saluaient par de joyeux « Hello Frankis ». Tous les Français leur répondaient par de formidables ovations. Ils s'étreignaient, se congratulaient, s'époumonaient à chaque passage de voiture, de Jeep, de tank. C'était du délire. C'était la joie, la joie d'être enfin libre, de retrouver bientôt leur pays, leur foyer, les êtres qui leur sont chers. Un relâchement de la contrainte qui avait duré cinq années. C'était trop beau, trop fort.

Roger remonte s'écrouler sur le châlit, il sanglote comme un gamin d'une joie trop longtemps contenue. Il venait de vivre un des moments les plus forts de sa vie. Sentant une présence à ses côtés, il releva la tête et vit André rayonnant, qui vint lui serrer les mains à les broyer. Alors, ils allumèrent une cigarette, la première d'hommes libres.

Cinq années de captivité, et un drapeau tricolore brandi devant le premier char américain. Le 29 avril 1945 tel que Roger Devaux l'a vécu.
Commander Treize qu'ils étaient