1940-1941
Betty
A Jelkofen, la maison du Grand Georges, le patron de Roger, était contiguë avec une petite épicerie. Une toute petite boutique tenue par une dame aux cheveux blancs qui élève une petite fille. Jusqu'ici c'est une Allemande comme les autres. Et bien non, celle-ci parle un français parfait, un peu compassé, assez fin de siècle, et avec une gentillesse raffinée. Explication : elle a été placée, jeune, dans une grande famille française installée sur les bords du lac Léman, en Suisse. De plus, elle accepte les marks de camp pour les marchandises qui ne sont pas délivrées avec ticket.
Ce fut comme une traînée de poudre dans le Kommando. Il fut décidé d'un tirage au sort pour le passage dans la boutique, afin de ne pas attirer les foudres du gardien. André fut le premier à pouvoir faire des achats et, miracle, c'était du vin. Le stock vineux de la charmante dame fut vite épuisé. Mais le choix des articles se raréfia et il ne restera qu'André et Roger qui iront régulièrement rendre visite à l'aimable sexagénaire qui aime la France.
Le maire, nazi notoire, mettra fin aux achats en interdisant à Betty de prendre les marks de camp. Puis André, ayant son travail à Pinkofen, cessera les visites. Seul Roger continuera, pendant les cinq années, à rendre mensuellement visite à Betty et à Meddy, sa nièce, ne pouvant oublier les services qu'elle avait rendus aux « Franzosen » au début de leur captivité.
Malgré la guerre et les camps, quelques liens tiennent bon. Ce sont eux, autant que les privations, que raconte Treize qu'ils étaient.Commander Treize qu'ils étaient