10 août 1940

Le Kommando 1627

Treize qu'ils étaient, dans ce camion qui était parti du Stalag VII-A et qui les ballottait dans tous les sens. Hébétés par les événements de ces dernières semaines, affamés par la maigre nourriture de l'enfermement du camp de Neuf-Brisach où ils étaient entassés, affaiblis par une dysenterie pernicieuse, au cœur l'angoisse de l'avenir, ils s'attendaient au pire, dans ce camion, bringuebalant.

Roger fermait les yeux, revivait les deux derniers jours, quittant la ville fortifiée, montant dans un wagon et serrant les dents au passage de la frontière. Le terminus, le Stalag VII-A, les barbelés. Le tri des cultivateurs. Il ne connaissait aucun de ceux qui étaient avec lui. Treize, qu'ils étaient, dans ce camion.

Un brusque coup de frein, des « Schnell » aboyés à n'en plus finir par le soldat en arme qui les accompagnait, ils se retrouvaient dans une cour immense entourée de bâtiments élevés. D'un groupe de civils, un homme petit, gringalet, s'approcha des prisonniers en hurlant « Cultivateur, Cultivateur ? ». Bien sûr, tous répondirent par un « oui » massif puisqu'ils étaient là pour ça. Alors ce fut la ruée, chaque paysan voulait choisir son homme, mais un tonitruant « Ruhe ! » plaqua tout le monde au sol. L'un après l'autre, les paysans firent connaissance de leur « Guefangue », les emmenèrent dans leur ferme.

Treize qu'ils étaient là, serrés comme des sardines ; malgré le noir, les commentaires vont bon train. Il y avait, venus du Nord, Henri, Pierre, Albert. De Bourgogne, le petit Robert, le plus jeune, et Auguste le plus âgé. De la région de Paris, André et Roger. Du midi, Jean-René et Fernand. Tout un petit monde, qui se raconte les impressions de leur premier contact avec leur ferme, mais chacun a le cœur serré.

De 1940 à 1945, à travers cinq années de captivité chez les paysans de Basse-Bavière, Treize qu'ils étaient raconte le quotidien méconnu des prisonniers de guerre français en Allemagne.
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